Les Taurillons sur un bateau #3

Cela fait un an que nos petits mousses vivent sur l’eau. Et nous nous apprêtons à rentrer. Où en sont-ils ? Comment évoluent-ils ?

Ils ont tous une jolie couleur biscotte et des jolis cheveux blondis au soleil. Ils sont libres de leur corps et souvent très peu habillés, ceci explique sûrement un peu cela.
Ils suivent nos préparatifs pour rentrer avec enthousiasme même si chacun doit gérer ses sentiments suite à l’annonce du retour.

Allez, je vous raconte tout. Attention article à rallonge…

Zélie

Elle est toujours notre bébé-cadeau et la mascotte de l’équipage. Elle est aussi l’attrait pour les autres équipages ou étrangers et fait craquer tous ceux qui la rencontre.

N’a été dans une poussette qu’une paire de fois depuis ses 18 mois. Elle marche bien, vite et longtemps. Cependant lors de longues balades, elle aime encore être portée en Manduca®. Au grand plaisir de ses parents.

Entre encore dans la bassine-baignoire pour son plus grand plaisir, et quelques instants paisibles pour le reste de la famille.

A un équilibre terrible, même quand « le bateau bouze » elle se fait rarement avoir et ne tombe que plus rarement encore. Aucun lit ne lui résiste quelle que soit sa hauteur. Un vrai petit singe. Elle saute pieds joints dans le trampoline depuis le siège de la pointe avant. Elle s’exerce à la galipette.

Sait exactement quel vêtement elle souhaite mettre. En gros uniquement 3 T-shirts trouvent grâce à ses yeux. Le T-shirt Titi est le préféré un peu juste en taille et dont l’imprimé est complètement effacé. Elle est d’accord pour dire qu’il est « mosse »(moche) mais elle l’enfile avec grand enthousiasme. Heureusement il y a aussi le « tisseurte-cado » de Mamielle & Papi. Et le dernier, victoire maternelle, c’est le T-shirt de Noël longuement choisi en fonction de ses préférences. Pour le reste parfois la persuasion ou la ruse réussissent mais sinon elle préfère la version nue.

S’est exercée à la continence en République Dominicaine et avec un succès tel que nous avons offert le reste de ses couches lavable à un pêcheur cubain un mois plus tard. Depuis elle a des préférences de culottes et toutes ne sont pas acceptées… De plus les culottes valsent au gré de ses envies, quand elle en aperçoit une « ooh une culotte !!! » et hop que elle enlève la précédente pour enfiler celle-là. Là j’avoue ne pas trop suivre…

Est toujours très autonome. Elle sait jouer seule et c’est toujours autant agréable. Elle sait aussi se dépasser afin de suivre le trio. Zélie déplace à tout va le tabouret bien encombrant du carré pour aller se laver les mains ou pour voir ce que je fabrique en cuisine. Gare à celui qui squatte « son » tabouret.

Elle a refusé au bout de quelques semaines le réducteur de toilettes préférant faire comme tout le monde et s’y gère toute seule. Le-dit réducteur traverse actuellement le Pacifique pour servir à un tout petit garçon franco-anglais.

S’exprime avec aisance et commence à savoir exprimer son envie, son besoin, sa frustration sans passer directement par la case “pleurs”.

Commence à manier le multilinguisme, enfin… elle sait dire bonjour et merci en 3 langues.

N’a plus sa bouée-brassard si utile en eaux profondes. Comme les choses s’abîment vite sur un bateau l’ensemble bien que n’ayant pas un an se délitait complètement en plus d’être percé. Zélie est passée à la ceinture de « natation » avec une facilité déconcertante. Elle avance bien par elle-même et ce qui est nouveau est le positionnement horizontal sur l’eau et le mouvement des bras. J’ai même enlevé un des 4 flotteurs « pour voir » et elle n’a pas bronché… Elle bénéficie de 3 semaines de piscine intensive puis de mouillages où l’eau est facilement plate, ce qui n’avait été que rarement le cas jusqu’ici.

Par contre elle ne gère toujours pas le blocage de respiration pour mettre la tête sous l’eau et c’est la tasse assurée. On avait appris en séance de bébé-nageur avec Alice qu’un nourrisson qui a de l’eau jusqu’au-dessus des yeux bloque sa respiration par instinct. Notre Zélie n’a jamais eu cet instinct-là, dommage. Du coup toutes mes explications se heurtent à son incompréhension, comment lui faire expérimenter ? A chaque essai un peu téméraire, elle boit la tasse, ça la calme aussitôt. Elle nous chaparde nos masques de plongée pour rire mais a encore peur de le garder sur les yeux. Tant pis ça aurait été bien pratique pourtant.

Il y a plusieurs jours nous nous sommes retrouvés en rupture de stock de couche de nuit alors que Zelma était au milieu de nulle part. Nous avons dû expliquer à Zélie que nous ne pouvions plus lui en mettre. Zélie n’était pas vraiment contente mais nous étions sûrs qu’elle en était capable et après discussion attentive elle était d’accord. Et le succès fut au rendez-vous ! Une belle victoire pour notre bébé-HNI ayant vécu l’Hygiène Naturelle Infantile dès la maternité, même à temps partiel, même entièrement interrompu par elle-même avant 1 an. J’étais convaincue qu’elle continuait à ne pas relâcher ses sphincters en dormant, chose acquise à la naissance, et que si la couche était pleine c’était au réveil (parfois nocturne). D’autant que cela faisait bien longtemps qu’elle faisait la sieste sans couche et avec succès même du temps où elle en portait encore en journée.
Evidemment nous nous tenons prêts à laver quelques paires de draps dans les semaines qui arrivent.

En écho à nos bagages qui se préparent, Zélie passe son temps son sac à dos sur le dos pour partir prendre l’avion. Une légère angoisse que nous la laissions en partant peut-être ? Lui expliquer qu’il reste encore deux semaines se heurte à sa limite d’imagination.

Alice

A un vrai appétit d’oiseau. Nous ne savons pas de qui elle tient. Cependant quelle satisfaction de la voir se connaître suffisamment pour savoir qu’elle n’a plus faim quitte à sauter le dessert… Il faut par contre être prêt à sortir quelques en-cas lorsque son estomac d’oiseau crie famine avant l’heure.

Aimerait apprendre à cuisiner. Elle nous fait régulièrement des pancakes en autonomie totale. Elle aimerait étoffer son savoir. Mais… dans le bateau être deux à la cuisine tiens déjà de l’effort alors en cette période où nous finissons les stocks de nourriture (et ce n’est pas le meilleur qui part en dernier) la cuisine tient alors plus du stage de survie que de petits plats amoureusement préparés.
Ceci dit, mon argument comme quoi la vaisselle c’est aussi une partie de la cuisine n’a pas l’air de trouver écho en elle.

Lit toujours autant. Après avoir lu la série complète des Harry Potter deux fois d’affilée, ma proposition d’en découvrir d’autres a (enfin) atteint son but. Je lui ai mis une petite sélection de séries de fiction sur sa liseuse pour qu’elle picore comme elle souhaite. Elle boudait toute la collection de Bibliothèque Rose et de Bibliothèque Verte achetée à son intention en vide-grenier avant le départ. Critère invoqué : les livres avaient une couverture rigide. Et après avoir transporté des kilos de livres inutiles depuis des mois voilà que finalement elle dépasse ce blocage et en dévore une bonne partie au moment de s’en séparer pour rentrer.

A hâte de retourner en France. Sa grande amie Anaëlle lui manque terriblement. Elle ne pleure plus vraiment en pensant à elle mais elle trouve le temps long pour la revoir. (Anaëlle, prépare ton sac, tu es invitée dès que nous avons un chez nous)

Se sent plus à l’aise en mathématiques, un blocage avait eu lieu à l’école et là on sent que parfois son instinct reprend le dessus contrairement au « je ne sais pas » habituel. Elle a de bon réflexe en géométrie et en fractions mais le calcul… ouch. Elle est un peu aiguillonnée par son frère pour tout ce qui est calcul mental.

Alice qui n’ose pas trop se lancer à parler en anglais commence à me comprendre quand je parle à quelqu’un d’autre. Quand je me retrouve devant une assemblée enfantine bilingue, à parler deux fois pour chaque consigne elle me dit parfois « pas la peine j’ai compris maman ».

Est très à l’aise dans l’eau. Sa nage est jolie et endurante. Elle saute maintenant de la pointe avant avec bonheur mais point trop n’en faut. Elle pratique pas mal l’apnée tout en préférant être juste en dessous du niveau de l’eau mais pas trop profond. N’est cependant pas fan du snorkeling, trop de choses vivantes passant trop près d’elle….

Tout récemment nous notons qu’elle se dissocie de ses frères. Au bout de quelques mois de voyage elle avait souhaité avoir une chambre rien qu’à elle et avait pris plaisir à prendre possession de la pointe avant tribord. Puis elle avait eu toute une période où elle gardait ses affaires dans sa pointe avant et s’y installait pour lire en journée mais émigrait pour dormir chez un frère ou chez l’autre suivant son humeur ou leur relation du jour.
Tout récemment elle a encore changé de façon de faire et changé de coque pour prendre possession de la salle de jeux (qui n’en ait plus réellement une du coup) pour s’y installer tout confort. Cela lui permet d’avoir sa propre salle de bain et de ne plus être envahie par les affaires ou la présence des petits frères. La propreté de la-dite salle de bain a sûrement été aussi un argument de poids.
En journée nous notons qu’elle passe beaucoup de temps de son côté alors que ses frères forment un duo infernal quasi continu. Il n’y plus si souvent de trio et de quatuor dont elle était le leader. Cela est fortement influencé par la récente présence de copains qui collent mieux avec les garçons qu’avec elle. Que ce soit dû à l’anglais qui la bloque ou au fait que ce soit majoritairement des garçons.

Est contente de savoir que nous ne ferons plus de grande navigation. Sans être fortement malade elle est souvent patraque et du coup passe sa journée à lire. Ce qui d’après nous n’est pas un changement flagrant par rapport à ses journées normales.
D’autant qu’elle réussit malgré tout à regarder des dessins animés et ce, sans aucun problème.
Ceci dit elle n’aime pas trop le mouvement du bateau.

Est la seule du quatuor à bien anticiper les événements, les compte-à-rebours et les implications de changement de vie. C’est agréable de la voir se projeter. Elle a d’ailleurs certaines idées bien précises de ce qu’elle voudrait… avec l’innocence de ses 9 ans.

Le duo infernal

Maël et Léon forment un duo que nous avons surnommé rapidement « le duo infernal ». L’un ne va pas sans l’autre, quand l’un fait une bêtise l’autre la fait dans la foulée, quand l’un veut quelque chose l’autre le veut aussi, quand l’un tape/crie/mord l’autre crie/mord/tape, les étrangers ont du mal à savoir qui des deux est le plus âgé. Et depuis quelques temps ils ne se quittent plus. Ils sautent à l’eau ensemble à peine le petit déjeuner avalé. Ils ont la même passion pour la récupération de déchets dans leurs poches. Ils parlent et s’inventent un monde ou des histoires abracadabrantesques et parlent, jouent, sautent, chantent et parlent. On ne les arrête plus. Ils ont d’ailleurs tous les deux élu domicile dans le même lit. Léon dit qu’il s’endort bien mieux aux côtés de son frère et quand Maël s’endort avant lui c’est comme s’il « avait plein de gâteaux tout ronds » (débrouillez-vous avec ça).

Léon et Maël passent leur vie dans l’eau. Nous pouvions regretter un moment que les enfants n’en profitaient pas tant que ça. Etait-ce la température de l’eau qui nous faisait hésiter nous aussi cet hiver ? Était-ce le courant ou les vagues trop forts dans les mouillages qui les inhibaient. L’absence de copains de jeux stimulants ? Est-ce possible maintenant avec la dissociation d’avec Alice qui plus hésitante les freinait ? Est-ce le séjour à la marina avec piscine qui les a boostés ? Toujours est-il qu’ils passent des heures dans l’eau depuis que nous sommes aux San Blas et que nous ne les voyions plus trop, il faut les chercher pour les repas.

Maël et Léon mélangent joyeusement anglais espagnol et français dans la même phrase et les copains font de même. En gros ils se débrouillent pour communiquer avec les enfants anglophones comme ils faisaient avec les adultes hispanophones il y a quelques temps. Et ils font de sacrés progrès. Saurons-nous perdurer cette lancée ?

Maël

A spontanément sorti tout récemment qu’il se trouvait incroyablement chanceux vis-à-vis de ses copains de classe d’être parti en voyage aussi longtemps et que sûrement aucun d’eux n’avait cette opportunité. D’autre part il pouvait s’amuser bien plus que s’il avait été à l’école.
Un beau résumé de son année.

Il a aussi émis le souhait d’écrire à sa classe, chose qu’il a refusé d’entreprendre malgré mon incitation tout au long de l’année. Le choc quand il a appris que c’était les « grandes vacances » !

Il n’a pas du tout envie de quitter cette vie et notre chère Zelma. Il aime cette liberté, rencontrer de nouvelles personnes et visiter de nombreuses îles. Savoir qu’il n’ira pas à l’école ne le soulage que partiellement.

Son émotivité est toujours présente et s’est encore (!) accentuée, et fortement, ces derniers temps. Maintenant que nous avons une piste du « pourquoi » il va nous falloir l’accompagner dans le « comment ». Au quotidien ça donne un petit gars très (très) facilement en colère. Nous avons l’impression que toute émotion se mue en colère.
Et c’est… fatigant.

Veut apprendre à pêcher et a rencontré quelques pêcheurs à Cuba qui lui ont appris les premiers rudiments et offert sa première ligne enroulée sur une canette de soda. Depuis il souhaite désespérément pêcher sans que nous puissions trop l’aiguiller sur le maniement. Chaque déchet de repas devrait lui être conservé pour sa pêche.

Calcule avec une facilité déconcertante et est en train de se fabriquer ses réflexes ainsi que de déduire les multiplications sans que nous ne lui ayons montré. Maintenant quand nous nous trouvons confronté à un cas de calcul du niveau d’Alice et que nous lui proposons nous devons préciser que c’est pour Alice sinon Maël la prend de vitesse. Ceci dit Léon commence aussi à s’en mêler.

Léon

Est toujours aussi blond et aussi fin. Il vient récemment d’augmenter ses portions de nourriture au repas et nous nous faisons encore avoir par des « j’ai encore faim » le repas s’apprêtant à finir, les plats raclés. Oups. Nous commençons à prévoir des choses roboratives « pour les garçons ».

Léon si peu téméraire plonge maintenant en apnée, fait du snorkeling sans flotteur ou saute depuis la pointe avant avec une telle facilité qu’Alice le qualifie du « plus fort de nous tous car il n’a que 5 ans ». Il a fortement bénéficié des longues heures de piscine où mettre la tête sous l’eau est beaucoup plus sécurisant. Pas de jolie brasse pour lui, il garde sa façon très… personnelle de se déplacer.

Il lui arrive encore tout de même de dériver sur l’eau à cause du courant et d’être incapable de rejoindre le bateau. Nous entendons alors des cris répétitifs « Je dérive ! Je dériiiiive ! ». Moment qui nous fait toujours autant nous marrer avant de nous mettre à l’eau ou de démarrer l’annexe pour aller le chercher.

N’a pas envie de quitter cette vie. Mais c’est plutôt d’une manière générale qu’il « n’a pas envie ». Autant j’ai pu sentir fin 2016 que cette vie lui faisait un bien fou, autant depuis quelques mois, les difficultés augmentant à bord je n’en suis plus tout à fait aussi sûre.

Continue toujours ses Léoneries et c’est toujours autant pénible. Le mal-être s’est peut-être accentué avec l’annonce du départ. Il faudrait passer plus de temps avec lui, lui offrir plus de douceur, il faudrait…

L’histoire de la rupture de couche de nuit a aussi impacté notre grand Léon. Lui non plus n’étant pas trop content. Et puis il y a eu un déclic. Je ne sais pas si c’est l’idée de pouvoir grandir qui lui a fait envie ou l’idée de ne plus jamais en mettre « de toute ma vie »(sic) (je lui ai épargné la mauvaise blague sur la fin de vie) ou l’idée de ne pas avoir à en mettre dans l’avion, ou un peu tout ça à la fois. Mais le succès a aussi été au rendez-vous pour lui.
Vous imaginez la légère tension parentale à l’idée de coucher deux « sans couche » et la petite pensée « et si… » au réveil ?

Et puis tout ça ne serait rien s’il n’y avait pas notre cher Capitaine

Pour avoir cela comme photo il a fallu passer par plusieurs comme ça :

Il a l’air malheureux hein notre « duo infernal » ??

Une réflexion sur “Les Taurillons sur un bateau #3

  1. coucou ! tu peux dire à Alice qu’Anaëlle a vraiment hate de la revoir, cette année scolaire a été difficile niveau amitié pour elle, impossible de remplacer Alice, elle a souvent erré dans la cours sans se méler aux autres, a joué avec des cp… elle a eu du mal à gérer les skypes qu’elle trouvait frustrant mais super quand même 🙂
    Je trouve que Léon ressemble énormément à Xavier, c’est fou !
    Bon voyage (c’est aujourd’hui le départ !), nous partons 5 jours en rando vélo Anaëlle et moi, on pensera à vous et à votre retour 🙂

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