Cayo Granma ou la rencontre de Carry

Un jour à Cuba j’ai vécu des émotions fortes, fait le plein d’amour de l’autre.

J’étais allée avec mes 3 grands, jusqu’à l’île de Cayo Granma minuscule île de la baie, en ferry d’une ligne que je ne connaissais pas, pour assister à la messe.
Rien que le trajet inconnu était source pour moi d’émotions fortes. Je sais je suis une warrior de l’aventure. L’église San Rafaelo de Cayo Granma est la plus pauvre où je n’ai jamais vécu une messe.
Une bâtisse en béton, à l’intérieur pas de plafond, ou plutôt un reste de plafond sur lequel sont fixés des néons. Le décor est des plus simples : ni vitrail, ni fresque, ni tableau, ni enluminure, uniquement deux statues en bois. Le cierge pascal entamé doit dater de longues années et n’est d’ailleurs pas allumé. L’autel n’est qu’une simple table en bois. Le tabernacle en métal est simplement posé sur un tabouret en bois. Le Christ en croix surdimensionné est simplement posé au sol et le Christ est manchot. Pas de sono, pas de musicien.
Après la République Dominicaine quel contraste !

Deux nouveau-nés étaient là pour leur baptême. Ils étaient entourés de mamans et marraines mais je n’ai pas vu les papas. L’assemblée elle-même était fortement féminine et sans enfant.

Une messe éclair avec le célébrant au plus près des fidèles, absence de micro oblige, au milieu de l’allée centrale. Avec une homélie plutôt simpliste et malgré les deux baptêmes la messe n’a duré que 30 minutes (!) J’ai passé mon temps à tourner, vite vite, les pages des missels des enfants pour leur permettre de suivre. Ils n’en revenaient pas.
Petite pensée nostalgique à M. le Doyen, le curé de mon enfance, spécialiste de la messe en moins de 45 minutes, qui a donc été battu à plate couture.

Et je vous raconte l’anecdote ? En arrivant dans l’église nous nous asseyons et un homme barbu échevelé en short et T-shirt élimés saluait avec vigueur certaines femmes devant moi. Sa façon d’agir un peu bancale me faisait penser aux personnes un peu perdues qui squattent parfois la chaleur (dans tous les sens du terme) des églises le dimanche. Il vient me saluer aussi et m’informe que nous sommes le dimanche de la fête des mères, ce que je vous raconterais plus tard et que je n’avais pas pu ne pas remarquer depuis notre arrivée. Il me demande quand est la fête des mères en France et mon baragouinage n’a jamais réussi à se faire comprendre, et pourtant mon cerveau essayait de dire « dans deux semaines ». Après plusieurs essais il abandonne peu poliment et s’en va. Quelques minutes plus tard je le vois ressortir de la sacristie en aube entouré de servants d’autel. C’était le père célébrant… Oups… Encore une fois l’uniforme me fait y perdre mon latin.

Après cette messe rafraîchissante nous étions attendus par une enseignante parlant un peu anglais afin d’offrir des choses pour leur école. Mes 3 grands m’accompagnaient non pour suivre une messe, en espagnol de surcroît, mais pour être à mes côtés lors du don. (Je vous laisse imaginer leur joie éclatante : « C’est DEJA fini ??? »)
La veille nous avions concocté ensemble un lot à base de cahiers, stylos et crayons qui feraient des heureux.

Nous avons été accueillis dans l’école par l’enseignante et son mari qui assurait le tour de garde de sa femme pendant qu’elle assistait à la messe. Gardaient-ils l’école pour en assurer une permanence pour les enfants ? La gardaient-ils pour la protéger des pillages ? Etait-ce dû au fait que ce dimanche était une journée particulière, la fête des mères ? Mystère.

Nous avons eu le droit de visiter sa classe. Deux jours plus tôt en rencontrant les instit’, ils nous avaient proposé d’entrer puis s’étaient ravisés : « Prohibición ». Là, les bras chargés, la donne n’était plus la même.

Comme nombre de bâtiments cubains l’école doit bien avoir 60 ans, mobilier inclus. Meublée simplement, la couleur dominante est le gris pour les murs, les tables, les chaises, le sol… Les couleurs sont si vives à l’extérieur que tout ce gris détonne. Même les cahiers avaient l’air ancien. Dans le guide touristique ils racontent que les cahiers sont gommés en fin d’année pour servir une nouvelle fois.

Les décorations avaient l’air aussi d’avoir fait leur temps.

Les enfants ont été contents de distribuer eux-mêmes les cahiers, stylos, crayons pour l’école. Une fois les dons comptés et notés scrupuleusement nous avons été invités à la maison de notre institutrice afin de rencontrer le reste de la famille.

Carry est grand-mère de deux tous jeunes enfants et vit avec sa descendance ainsi qu’une aïeule joliment ratatinée.
Cette gentillesse m’a procuré une immense joie. Carry me remerciait, elle, pour les cadeaux faits à l’école.

Heureusement j’avais prévu des petites choses plus personnelles pour la famille. Nous avons offert quelques vêtements trop petits de nos enfants et quelques mini-livres que les petits destinataires n’ont pas lâchés une seconde, même lorsqu’ils nous ont raccompagnés avec leur grand-mère au ponton du ferry.

Le plus beau cadeau que j’ai fait à Carry a été mon chapeau. Ledit chapeau se décousait fortement et comme il avait bien vécu je souhaitais m’en séparer. Carry s’est littéralement illuminée, elle cherchait à s’en acheter un. Donc moi j’offrais quelque chose de vieux et en mauvais état et le bonheur était visible sur son visage. La claque !

Je suis certaine qu’il a été réparé rapidement et efficacement et qu’elle en prendra un soin immense.

C’était la première fois que nous rentrerions à l’intérieur d’une maison cubaine. La maison est en béton et l’intérieur… vide. Les pièces paraissent immenses parce que là où, nous français, nous attendons à un meuble, un fauteuil, une chaise, un tapis, il n’y a… rien.

Dans l’entrée/pièce à vivre il y a une chaise, deux fauteuils en bois ainsi qu’une télé cathodique avec des enceintes de chaîne hi-fi le tout posé sur l’unique meuble de la pièce. Dans la salle à manger il y a une table et deux bancs. Dans la cuisine il y a un frigo une gazinière un évier un meuble à vaisselle une mini table avec une chaise. L’ensemble ayant l’air d’avoir l’âge de la maison. Et c’est tout ! Pourquoi avoir des meubles quand on n’a rien à mettre dedans ?

Et vous savez quoi ? A peine étions-nous arrivés que Carry nous proposait à tous un morceau de gâteau de la fête des mères qu’elle avait reçu le matin même. Imaginant le prix dudit gâteau et la quantité prélevée pour nous 4 je n’en menais pas large. Les enfants ont accueilli joyeusement l’annonce et encore plus joyeusement la dégustation. Et moi j’étais secrètement heureuse de pouvoir goûter ce fameux gâteau.

Ensuite les enfants ayant rejoint l’aïeule devant la télé, Carry et son époux ont pris du temps avec moi pour discuter de tout et de rien. Ils ont surveillé pour moi le départ du ferry. L’arrière de leur maison donne sur une terrasse et un ponton sur la baie. Ils voient partir les ferrys qui vont ensuite au débarcadère.

Et vous savez quoi ? Pour me remercier ils m’ont offert des mangues de leur jardin.

C’était dingue, complètement dingue.

Ma grande Alice a su donner avec joie, intelligence et retenue.
Maël s’est mis dans un état d’inquiétude immense et a finalement donné des bricolages en papier qu’il avait lui-même confectionnés.
Léon m’a aidé avec enthousiasme à trier mes affaires et a accepté que je me sépare de choses qu’il aurait bien souhaité avoir. Et j’espère qu’ils ont reçu autant que moi de ce partage.

Et surtout si nous étions là c’était suite à l’initiative de Thibaud de saisir l’opportunité d’une balade en barque jusqu’à cette petite île bien jolie.
Et bien qu’il y ait eu des déconvenues lors de cette virée, Thibaud, sans toi rien de tout cela ne se serait passé… pas là, pas comme ça.

Merci l’ami !

Petite excursion illégale vers Cayo Granma

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